Les vitraux de la cathédrale d’Orléans (1993-2003)

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De 1993 à 2003, Pierre Carron conçoit les vitraux de sept chapelles du chœur de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, réalisés avec le maître verrier Michel Blanc-Garin, des ateliers Gaudin. Il ne se contente pas de fournir des cartons : il apprend la peinture sur verre et la cuisson pour peindre lui-même les panneaux, en accordant ses compositions aux verrières du XIXe siècle épargnées par la guerre. Les photographies montrent les verrières en place, Pierre au travail, une maquette, des cartons et deux détails de verre peint.

Il a écrit deux fois sur ce travail : vers 1996, à la pose des deux premières verrières, puis en 2016, dans la publication que la DRAC Centre-Val de Loire consacre au chantier.

Le vitrail peint (vers 1996)

Sur le plein de l’invisible…
Sur deux épisodes des liturgies célestes
placées sous l’égide angélique de leurs célébrants.
Sur le plein ciel antérieur…

Celui de l’élévation d’une Sainte-Croix victorieuse
ou celui de la percée de l’inspirateur
de la mission dévolue aux évêques.
Voici sur quoi s’ouvrent aujourd’hui
deux fenêtres de la cathédrale.

Demain peut-être d’autres fenêtres
s’ouvriront sur la perspective du tout,
d’un même firmament vertical
traversé par des échanges obliques
de ciel à ciel.

Comment ne pas exprimer ma reconnaissance
au ministère de la culture pour cette commande,
occasion pour moi, que je ne pouvais imaginer,
de peindre centimètre après centimètre
l’étendue de ces immenses verrières
qui appartiennent désormais aux visiteurs.

À leur tour de leur donner la vie

Grâce au ciel (2016)

N’est-ce pas, en effet, du ciel, de sa clarté, que dépend l’existence même du vitrail !

Le vitrail, cet « entre-deux-ciels » peint à contre-ciel, dans l’épaisseur d’une surface invisible, où ce qui est figuré se trouve transfiguré par la luminosité irisée de la matière : celle des visions mystiques.

Comment m’insérer dans l’existant sans le déranger, se servir de lui, le servir à son tour ?

Comment trouver, inventer les parties manquantes ? De quelle manière retisser les liens avec ce qui n’a cessé de composer l’histoire même du vitrail, lorsque l’on était encore en capacité de plier le prisme d’un arc-en-ciel aux exigences du récit, lorsqu’il n’était pas, comme aujourd’hui, question de décoration, mais d’un de ces gestes d’impuissance dont l’époque est friande ? Comment faire basculer, rendre visible ce qui est de l’ordre de l’esprit, « ce qui est dit, ce qui est entendu », qui doit se résumer en une image. Refuser la forme comme seul objectif, préférer s’abandonner, se laisser envahir par le thème ; en l’occurrence : une évocation de la palpitation angélique des célébrants des liturgies célestes, évoluant aux limites d’un au-delà, dans les pâleurs et la profondeur de l’azur, à la frontière de l’or végétal d’un claustra.

Que dire du privilège, que dire sur ce que furent ces dix années durant, où chapelle après chapelle, de cartons en cartons, me livrant dans une technique improbable à la peinture sur verre, centimètres après centimètres, procédant par des allers et retours entre décisions et laisser-faire, j’ai eu la surprise de constater qu’en fin de compte, en dépit d’une quasi-incompétence en la matière, grâce au ciel, tout avait pris tant bien que mal sa place, ce qui devait être confirmé par l’évêque, m’interpelant ainsi, à l’issue des travaux : « Et vous, dans tout cela, vous avez fait quoi ? » question reçue comme un compliment, en effet, mon vœu de ne rien déranger aurait-il été à ce point exaucé, aurais-je trouvé, retrouvé, grâce au ciel, presque à mon insu, ce que l’édifice attendait d’une restauration ?

C’est donc, pour en finir, que je conclurai par un « grâce au ciel », qui doit être pris, également ici, dans le sens d’une fervente action de grâces.

Sources : brochure Vitrail de la chapelle du tombeau des évêques, cathédrale Sainte-Croix d’Orléans (vers 1996), dont la dernière strophe est citée sous le nom de Pierre Carron dans Les couleurs de la lumière, Centre international du vitrail ; « À contre-ciel », DRAC Centre-Val de Loire, 2016, p. 24-25. Photographies : archives de Pierre Carron.